Rend l’arrêt que voici, adopté à cette date :
INTRODUCTION
1. La présente affaire concerne une procédure pénale
suite à la plainte déposée par la requérante pour des
injures et des menaces à caractère antisémite. La
requérante considère qu’en refusant de retenir la
qualification antisémite des propos de son agresseur, les
autorités ne l’ont pas adéquatement protégée des
attaques verbales qui lui ont causé d’intenses souffrances
et ont lourdement impacté sa vie privée.
« (...) j’ai envie de te baiser comme une grosse pute que tu
es. Je veux te défoncer la chatte (...) ton bientôt tu le
gardes pour le singe avec qui tu couches salope !!! (...).
Maintenant j’ai trouver un nouveau passe temps, c’est de
t’insulter sale pourriture !!! »
« j’ai qu’une envie maintenant c’est de te buter salope !!! »
« je vais venir sur ton lieu de travail et te flinguer !!! »
« je vais te tuer salope ! t es morte grosse pute !!! »
EN FAIT
« excuses-moi pour les insultes, je suis fou de chagrin
(...) »
2. La requérante est née en 1978 et réside à Paris. Elle a
été représentée par Mes D. Dumoulin et B. Brown,
avocats.
« puisque tu ne veux pas me répondre, je viens chez toi !
je sais où t habites ! » « alors t’as passé un bon week-end
avec ton singe ? il t’a bien défoncer cul salope ? »
3. Le Gouvernement a été représenté par son agent,
D. Colas, directeur des Affaires juridiques au ministère de
l’Europe et des Affaires étrangères.
« J’espère que t’as pris ton pied parce que je mettre les
miens dans ta gueulle de
1. LA GENÈSE DE L’AFFAIRE
4. En 2014, la requérante fit connaissance de B., barman
dans un café situé à proximité du lieu de travail de celleci, une association œuvrant pour la mémoire des
victimes de la Shoah. Ils échangèrent quelques courriels
de pure courtoisie. Après avoir décliné des propositions
de B. de boire un café et de sortir ensemble, la requérante
reçut, entre le 30 mai et le 1er juin 2014, vingt-six
courriels de B. exprimant une déception amoureuse et
contenant des injures, ainsi que des menaces de
violences, de viol et de mort, accompagnées pour
certaines de propos antisémites.
5. Ces messages furent ainsi rédigés :
« Et dire que j’étais amoureux. J’espère que tu crèves sale
pute »
« t es bien une salope comme toutes les femmes !!!!
(...) je suppose qu’il est juif ! commeça tu iras dans ton
pays de merde Israël »
« C’est pour ça que tu courrais comme une folle en
chaleur après ton bus, pour te faire baiser comme une
pute par David !!! »[1]
« je te déteste toi et ta salle race !!! vive les camps ! vive la
shoa ! Vive l’Allemagne nazi ! Heil Hitler !!!!! »
« je souhaite que tu brûles en enfer !! parce que tu me fais
trop de peine !!! »
« si je te croise dans la rue, je te casse ton nez de salle
juive !!! »
« (...) salle pute juive »
connasse !!! »
« je vais te faire la peau et une fois que tu seras morte je
baiserai ton cadavre ! »
« J’espère que t’as pris ton pied parce que je mettre les
miens dans ta gueulle de
grosse pute !!! »
« je vais baiser ton petit cul de salope une fois que tu
seras morte ! »
« ensuite je te découpe ta tête et je la garderai comme
souvenir de toi !»
« (...) je t’envoie en souvenir de notre relation merdique !!!
une photo de moi, bisou mon amour » (sic)
6. Le dernier message fut accompagné d’une photo
d’Hitler.
1. LA PROCÉDURE PÉNALE
7. Le 31 mai 2014, la requérante déposa une plainte pour
menaces de mort et insultes à caractère antisémite. Le
même jour, la police dressa un compte-rendu
d’infraction initial, reprochant à B. d’avoir commis une
« injure publique envers un particulier en raison de sa
race, de sa religion ou de son origine », ainsi qu’une
« menace de mort réitérée ».
8. Le 1er juin, le procureur de la République demanda à
la police de « requalifier une partie des faits en injure non
publique en raison de la race, de l’ethnie ou de la religion
(faits contraventionnels), les menaces de mort réitérées
étant, quant à elles, délictuelles avec peine
d’emprisonnement ». Informé le lendemain du
déroulement de l’enquête, le magistrat du parquet de
permanence près le tribunal de grande instance de Paris
demanda à la police de « requalifier les faits en menaces
de mort aggravées par le caractère racial ».