Elle estima d'abord que l'élément de publicité était réalisé par la diffusion de l'ouvrage par abonnements payants accessibles au public. Elle examina ensuite la compatibilité de l'article 24bis de la loi du 29 juillet 1881 avec l'article 10 de la Convention, soulevée par le requérant. Elle confirma cette compatibilité en ces termes : « L'article 10 de la Convention précitée doit être interprété au regard des dispositions de l'article 17 du même texte selon lequel il ne saurait servir de fondement pour des activités ou des actes visant à la destruction des droits ou libertés reconnus par ladite Convention. Or, d'une part l'article 24bis rentre dans « les mesures nécessaires dans un Etat démocratique » à préserver les droits d'autrui, prévues par l'article 10, car il s'agit de la protection des droits des victimes du nazisme pour assurer et prévenir le respect dû à leur mémoire. Un témoin, M. Finkelkraut, a d'ailleurs parlé du caractère « offensant d'expulser les survivants de leur malheur et les morts de leur mort ». D'autre part, l'article 24bis de la loi du 29 juillet 1881 a pour but de prévenir ou de punir la remise en cause publique de la chose jugée par le tribunal militaire international de Nuremberg, sur des faits qui sont radicalement incompatibles avec les valeurs de la Convention au sens de l'article 17 de celle-ci. Quant à l'argument tiré de l'arrêt Isorni/Lehideux, la Cour relève que la Cour européenne s'y est prononcée à deux reprises sur la question de l'application de l'article 10 aux crimes contre l'humanité : § 47 : « ...[l'affaire] échappe à la catégorie des faits historiques clairement établis - tels l'Holocauste - dont la négation ou la révision se verrait soustraite par l'article 17 à la protection de l'article 10 ». § 53 : « Il ne fait pas de doute qu'à l'égal de tout autre propos dirigé contre les valeurs qui sous-tendent la Convention, la justification d'une politique pronazi ne saurait bénéficier de la protection de l'article 10 ». Il n'y a donc pas lieu de retenir ce moyen. » La cour releva ensuite en ces termes l'existence des éléments constitutifs du délit de contestation de crimes contre l'humanité : « Au regard des éléments figurant au dossier et des débats qui ont eu lieu devant la cour, il apparaît que le propos tenu dans l'ouvrage de M. Garaudy a pour objet de nier qu'il y a eu l'organisation d'une « solution finale », au sens d'extermination des personnes, concernant la question juive. La dénégation porte également sur le mode opératoire qui était, lorsque ces personnes n'étaient pas ou plus en état de travailler, de les tuer dans des chambres à gaz puis d'incinérer leurs corps. La démonstration de M. Garaudy est ordonnée autour de deux thèmes : la contestation des conditions d'étude des faits, la contestation des faits eux-mêmes. » Sur la contestation des conditions d'étude des faits, la cour releva les éléments suivants : « - la banalisation des faits : face à un événement qui a été considéré comme exceptionnel, celui de la destruction de personnes à raison de leur appartenance à une race, M. Garaudy effectue un certain nombre de comparaisons qui ont pour objet de banaliser ce crime d'une part en le comparant à des actes qu'il reproche aux alliés, d'autre part en faisant des rapprochements avec d'autres situations historiques. Après avoir rappelé quelques uns des propos d'Hitler sur le sort qui aurait dû être réservé aux juifs à l'occasion de la Première guerre mondiale (...) et en cas d'une Seconde guerre mondiale « le résultat ... serait ... l'anéantissement de la race juive en Europe ... » (page 76), M. Garaudy écrit à la page 81 « Ni Churchill, ni Staline, ni Truman ne furent assis au banc des criminels de guerre. Pas plus que furent mis en cause les auteurs des plus ignobles appels au crime ... l'appel à un « génocide », cette fois au vrai sens du mot, lancé en 1942, par le livre du juif américain, Théodor Kaufman ... » puis en bas de page et page 82 « ... ne figuraient pas parmi les accusés de Nuremberg ... ni les responsables anglo-américains du bombardement de Dresde ... ni le coupable Truman, de l'apocalypse atomique d'Hiroshima et de Nagasaki ... ». Puis au sujet du bilan quantitatif à la page 138 : « La domination hitlérienne fut donc autre chose qu'un vaste « pogrom » dont les Juifs auraient été, sinon les seules du moins les principales victimes, comme une certaine propagande tend à l'accréditer. Elle fut une catastrophe humaine qui, malheureusement n'est pas sans précédent, car Hitler appliqua à des blancs ce que les colonialistes européens, depuis cinq siècles, appliquaient aux « hommes de couleur ». - la péjoration des faits : M. Garaudy indique dans son ouvrage la nécessité d'un débat : page 135 « Tant que n'aura pas lieu, entre spécialistes de compétence égale, un débat scientifique et public sur le rapport de l'ingénieur Fred Leuchter, et sur la contre-expertise de Cracovie (...) un doute existera et même le scepticisme ». Cette démarche qu'il présente comme de rigueur historique est en fait accompagnée d'une autre qui consiste, par les termes employés à frapper à l'avance d'imposture la question de l'extermination systématique et massive des Juifs. C'est ainsi que l'on relève entre guillemets « les chambres à gaz », les « génocides » et les « holocaustes », présentés comme un « alibi inespéré » (...), « le mythe déguisé en histoire et son utilisation politique », « le mythe de six millions de Juifs exterminés

Select target paragraph3