propos incriminés ambitionnaient ou non de rester dans le registre du spectacle d’humoriste qu’ils concluaient. Il doit être rappelé, toutefois, que le droit à l’humour connaît des limites, et spécialement le respect de la dignité de la personne humaine. Au cas présent, en annonçant son désir de pousser à son comble la provocation antisémite et en honorant à cette fin publiquement une personne connue pour ses thèses négationnistes, à qui il faisait remettre par une caricature de déporté juif un objet ridiculisant un emblème de la religion juive, le prévenu a très largement excédé les limites admises du droit à l’humour. Enfin, il doit être constaté que, contrairement à ce qui est suggéré à divers moments de la séquence litigieuse, lorsque sont évoquées ʺles milices d’occupation israélienneʺ, les ʺmilices sionistesʺ et le ʺsoutien indéfectible à la Palestineʺ, les propos poursuivis ne relèvent pas d’une libre prise de position politique sur le conflit opposant les Palestiniens et l’État d’Israël, dès lors que c’est bien l’ensemble des personnes d’origine ou de confession juive qui sont visées par l’injure incriminée, qui tend à les atteindre uniquement à raison de leur origine ou de leur religion, et indépendamment de leurs éventuels choix politiques. » 17. Le requérant et, de manière incidente, le ministère public ainsi que sept parties civiles, interjetèrent appel. 18. Par un arrêt du 17 mars 2011, la cour d’appel de Paris confirma le jugement sur la culpabilité et les sanctions infligées au requérant, modifiant seulement le texte du communiqué judiciaire. Les juges motivèrent leur décision comme suit : « Se référant, ce qu’il ne conteste pas, à l’écrivain Bernard-Henri Lévy qui l’a, dit-il, accusé par le passé d’avoir organisé au Zénith « le plus grand meeting antisémite depuis la dernière guerre mondiale », Dieudonné M’Bala M’Bala se donne pour ambition de « faire mieux cette fois-ci ». Joignant par deux fois le geste à la parole, remontant sa main droite le long de son bras gauche jusqu’à l’épaule, Dieudonné M’Bala M’Bala, explique au public qu’il s’agit de « leur » « glisser une quenelle », une expression imagée évoquant à l’évidence la sodomie : « si ça glisse, c’est plus souple, c’est plus agréable qu’une gifle » a-t-il déclaré devant la cour. C’est en vain que le prévenu soutient dans ses conclusions que son message n’était pas destiné « à un groupe de personnes, en l’occurrence la communauté juive, mais à certains de ses représentants avec lesquels il est en controverse, dont notamment le chroniqueur de l’hebdomadaire LE POINT », la suite de ses propos et la mise en scène organisée par ses soins démontrant sa volonté de cibler l’ensemble de la communauté juive. Il annonce en effet la venue d’une personne « qui va les faire grimper aux rideaux », « un scandale à lui tout seul », « la personne la plus infréquentable de France », précisant que l’intéressé a été « tabassé par le BETAR et la LDJ », « des milices sionistes », et qu’il développe « des thèses qui sont les siennes ». Entre alors sur scène Robert Faurisson, notoirement connu pour ses thèses négationnistes qui lui ont valu bon nombre de condamnations et que Dieudonné M’Bala M’Bala fait applaudir par le public, la soirée perdant ainsi son caractère de spectacle et présentant dès lors les caractéristiques d’un meeting. Ayant pour objectif de « faire mieux » en matière d’antisémitisme, le prévenu ne peut sérieusement soutenir, ainsi qu’il l’a fait devant le tribunal et devant la cour, qu’il ne connaissait son invité qu’au travers de ses travaux mettant en doute la réalité du rôle tenu par l’île de Gorée au Sénégal à l’époque de la traite des Noirs. Donnant à ses propos liminaires tout leur sens et leur portée, Dieudonné M’Bala M’Bala fait alors remettre à Robert Faurisson le « prix de l’insolence et de l’infréquentabilité » par un personnage revêtu d’un pyjama, qualifié d’« habit Page 8 sur 15

Select target paragraph3