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ARRÊT LEROY c. FRANCE
5. Le 11 septembre 2001, eurent lieu aux Etats-Unis les attentats contre
les tours jumelles du World Trade Center.
6. Le jour même, le requérant remit à la rédaction un dessin symbolisant
l’attentat (quatre immeubles de grande hauteur qui s’effondrent dans un nuage
de poussière après avoir été percutés par deux avions) avec une légende
pastichant le slogan publicitaire d’une marque célèbre, « NOUS EN
AVIONS TOUS RÊVÉ ... LE HAMAS L’A FAIT ».
7. Le requérant indique qu’il entendait ainsi représenter la destruction de
l’empire américain le jour de l’attentat qui a frappé New York.
8. Le dessin fut publié en page 3 du numéro 787 du 13 septembre 2001.
9. A la suite de cette publication, le préfet des Pyrénées-Atlantiques
saisit le procureur de la République de Bayonne d’une demande d’ouverture
de poursuites judiciaires à l’encontre de l’hebdomadaire Ekaitza. Le
procureur cita le requérant et le directeur de publication du journal à
comparaître devant le tribunal correctionnel du chef de complicité
d’apologie du terrorisme et d’apologie du terrorisme.
10. Dans son numéro no 788 de la semaine suivante, l’hebdomadaire
consacra une page au « dessin très animé » avec la publication d’extraits de
courriers et d’emails reçus en réaction au dessin ainsi que celle d’un article
de la direction du journal exprimant son soutien au requérant : « (...) Pour
l’heure, force est de constater que notre dessinateur mérite bien mieux que
l’hallali à son encontre. Si le texte de l’illustration a, à juste raison, ému,
voire choqué une partie de notre lectorat, l’ensemble de l’équipe lui
témoigne toute sa confiance (...) ». Fut publiée également la réaction du
requérant :
« Un mauvais dessin nécessite une explication pour sa compréhension et il est
évident que j’en dois quelques-unes à propos de celui paru dans Ekaitza la semaine
passée. Quand j’ai fait ce dessin, dans l’heure qui suivit les attentats contre le World
Trade Center et le Pentagone, j’ai voulu illustrer la chute de symboles et je n’ai pas
pris en compte la douleur humaine, ni envisagé les répercussions à venir. De plus, le
texte a gêné certains lecteur du journal qui se sont sentis englobés dans le « nous »,
quand je voulais parodier une publicité : « vous en avez rêvé, Sony l’a fait ». D’autres
ont trouvé l’affirmation de la culpabilité du Hamas dangereuse, au vue du trop
répandu amalgame Hamas = arabe = terroriste. Quand un dessinateur réagit sur
l’actualité, il n’a pas toujours le bénéfice du recul. Les médias nous ont abreuvé de
douleur humaine, je ne peux qu’être conscient du malheur causé aux victimes et à
leurs familles. Mais qu’est-ce qui rend leur douleur tellement plus médiatique que
celle des Irakiens bombardés tous les mois par les aviations Américaines et
Anglaises ? Les frappes chirurgicales semblent moins efficaces à éviter les civils au
sol qu’à anéantir les cerveaux occidentaux. Les dizaines de milliers d’enfants morts
chaque année des causes directes de l’embargo mondial imposé par les USA sur l’Irak
ne pèsent pas bien lourd en termes d’actualité.
Je ne vais pas énoncer les raisons de mon antiaméricanisme, l’histoire mondiale de
ces soixante-dix dernières années devrait suffire. Par antiaméricanisme, j’entends antipolitique étrangère et économique des USA, ras le bol d’un pays qui n’agit que dans
l’intérêt de son économie, du cynisme d’un Etat se sentant légitimé en tout.