l'ensemble de la population, la présence d'hommes et de femmes jugés racialement différents de la race dominante,
inférieurs à cette dernière, dangereux et haïssables ; que s'il est manifeste que par la force des choses le régime de
Vichy secrétait une certaine politique, il ne s'agissait en aucune manière d'une politique d'hégémonie idéologique au
sens qui vient d'être indiqué à propos de l'Allemagne nazie ; qu'à aucun moment, le régime de Vichy n'eut la vocation
ni l'occasion d'asseoir une domination quelconque et d'imposer une idéologie conquérante ; que chez beaucoup de
partisans de l'Etat vichyssois, l'invasion de l'URSS par les armées allemandes a certainement désarmé une partie des
préventions qu'ils nourrissaient hier encore contre l'ennemi d'hier ; que la lutte contre l'idéologie communiste
devenait à leurs yeux primordiale ; que cependant, cette propension, sauf chez certains membres de la Milice, ne s'est
jamais organisée en idéologie au sens propre, c'est-à-dire en un système d'idées exprimant dogmatiquement tout à la
fois la philosophie d'un groupe et la programmation de l'action ;
" et aux motifs encore que si la Milice française a des liens avec l'Etat français, elle constitue une association instituée
par une loi du 30 janvier 1943, ayant pour chef statutaire le chef du Gouvernement, son secrétaire général, Joseph
TT..., accédant par la suite aux fonctions de secrétaire général au Maintien de l'ordre le 30 décembre 1943, puis de
secrétaire d'Etat à l'Intérieur ; que si on s'interroge sur le point de savoir si on peut parler d'une idéologie milicienne,
la réponse ne peut qu'être nuancée et variable ; qu'elle est affirmative si on se réfère aux prises de position
personnelles de certains de ses dirigeants comme Joseph TT..., intégré dans les rangs de la Waffen SS en 1943 et
prêtant serment de fidélité, d'obéissance à Hitler et adhérant ipso facto à l'idéologie nationale ; mais qu'en dehors de
ce cas extrême et de certains cas analogues, les miliciens, tous ou au moins les plus convaincus, s'inspiraient des
objectifs proposés par le service d'ordre légionnaire qui, dans la chronique de l'Etat vichyssois, préfigure la Milice, au
nombre desquels figuraient la lutte contre la dissidence gaulliste, pour l'unité française, contre le bolchévisme, pour le
nationalisme, contre la lèpre juive, pour la pureté française, contre la franc-maçonnerie païenne, pour la civilisation
chrétienne ; qu'en ce qui concerne l'antisémitisme, il va de soi qu'il s'agissait d'un thème semblable à l'un de ceux
qu'affectionnait le parti nazi, mais que ce n'est pas pour autant qu'il y avait adhésion sans réserve à l'idéologie nazie ;
que la référence à la civilisation chrétienne et la lutte pour l'unité française et le nationalisme pouvait être tolérée
provisoirement par le national-socialisme allemand mais qu'à long terme il y aurait eu incompatibilité radicale ; que
si l'on se référait plus amplement aux antécédents de la Milice et aux textes qui la concernent, on aboutirait à des
conclusions fort incertaines sur l'existence d'une idéologie proprement milicienne ; que la terminologie de l'époque
est aussi vague que la pensée politique ; que la Milice française est composée de volontaires moralement prêts et
physiquement aptes non seulement à soutenir l'Etat nouveau par leur action, mais aussi à concourir au maintien de
l'ordre intérieur ; que la mission de la Milice en ce domaine est définie en des termes qui lui donnent tout au plus un
rôle d'auxiliaire des services publics sans révéler une volonté au service d'un plan ; qu'il s'agit de déceler et suivre les
symptômes d'agitation, repérer les foyers de propagande antinationale, s'associer à la répression des menées
factieuses et collaborer pour garantir en toutes circonstances le fonctionnement des services publics ; qu'il est vain
d'entrer plus avant dans des investigations sur l'existence hypothétique d'une idéologie milicienne, dès lors que,
nantie ou non d'une véritable idéologie, la Milice se présente comme une des forces composantes de l'Etat vichyssois,
ce que confirmerait le livre Paul F... et l'Eglise qui a été versé aux débats (9) dont résulte seulement qu'avait émergé
autour de Joseph TT... une garde prétorienne qui se mettrait au service d'un régime autoritaire en estimant avoir le
droit de l'orienter politiquement, la Milice colonisant, sous le regard attentif et bienveillant de Karl VV..., le chef
suprême des SS et de la police allemande en France, l'appareil de l'Etat vichyssois ; que les membres de la
commission d'historiens, auteurs du livre, relèvent qu'au nom d'un projet idéologique cohérent, la Milice s'attaque à la
Résistance, à toute la Résistance et que dans le même temps, la Milice développait un projet politique tendant à
transformer l'Etat autoritaire en un Etat totalitaire ; qu'il en résulte que si le mouvement avait une visée hégémonique
cherchant à établir un Etat totalitaire, c'est que cet Etat ne l'était pas ; que la volonté de la Milice de s'emparer de
l'appareil de l'Etat et de devenir le parti unique de l'Etat n'a pas été réalisée, de telle sorte qu'on ne peut, sans jouer sur
les mots, affirmer que l'Etat vichyssois du seul fait qu'il suscitait la convoitise de partisans aux prétentions
hégémoniques ait été à quelque moment que ce fût un Etat pratiquant une politique d'hégémonie idéologique ;
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